Le processus de contrôle qualité

Le processus de contrôle qualité peut sembler un peu barbare comme désignation. Il est pourtant inhérent à une traduction de qualité et efficace. Impossible pour le linguiste de passer outre ce processus s’il a à cœur de fournir des résultats pertinents et de servir son client du mieux possible. Le processus de contrôle qualité est également une évidence pour le linguiste non seulement soucieux de la satisfaction de ses clients, mais aussi de sa réputation auprès de ses consœurs et confrères qui le relisent.

Dans cet article, nous verrons les différentes étapes du contrôle qualité. Nous passerons en revue les outils qui permettent d’accélérer et d’affiner ce processus.

  1. Relecture bilingue
  2. Le QA avec un outil de TAO

3.Contrôle qualité sur un texte unilingue

4. Logiciels et application

a) Antidote

b) Text to speech

5.Révision unilingue

6.L’impression

7.Relecture par un confrère

 

1 La relecture bilingue, indispensable au contrôle qualité

Lorsque le processus de traduction est terminé, je reprends systématiquement le texte depuis le début. Je relis phrase par phrase, en alternant source et cible.

Je lis la phrase en français (texte cible) puis la phrase en anglais. Ainsi je me pose les questions suivantes : ai-je respecté le sens de la phrase source ? Ma phrase cible est-elle suffisamment claire et compréhensible ?

Il est important d’être bien concentré pour effectuer cette première étape de relecture. Au besoin, je fais plusieurs micropauses pendant ce processus.

Si je m’aperçois qu’une traduction n’est pas claire, alors je relis attentivement la phrase source, son contexte. Je reformule dans ma tête et réécris la phrase en français. Si le texte source est ambigu, alors, en ayant l’aperçu global du texte, je pose plusieurs hypothèses et transmets une question au client ou au chef de projet selon que je travaille en direct ou avec une agence.

Je précise que j’applique le même processus, quel que soit mon client. Une traduction confiée par le biais d’un intermédiaire n’est pas moins soignée qu’une traduction réalisée en direct.

Passons maintenant au processus de contrôle qualité réalisé par un outil de traduction assistée par ordinateur.

2 Le QA avec un outil de TAO

Quel que soit l’outil que l’on possède, il est possible de lancer un QA. QA signifie Quality assessment.

Plusieurs paramètres sont configurables. Vous pouvez choisir de tous les appliquer, ou d’en sélectionner quelques-uns uniquement.

  • Inconsistency in source : désigne une incohérence entre la source et la cible. Vous avez traduit de la même manière une phrase dont la source n’est pas identique.
  • Inconsistency in target : désigne une incohérence entre la source et la cible. Vous avez traduit différemment une phrase dont la source est identique.
  • Tags : désigne les incohérences d’ordre de balise de formatage entre la source et la cible, les balises manquantes, etc.
  • Spelling : désigne les fautes d’orthographe, coquilles
  • Duplicate words : désigne une phrase dans laquelle un même mot est écrit deux fois. Attention aux faux positifs (verbes pronominaux).
  • Missing target : permet d’éviter les omissions, repère toutes les traductions manquantes.

 

Les faux positifs désignent les erreurs qui n’en sont pas réellement.

 

3. Contrôle qualité sur texte unilingue

Je génère un texte unilingue et passe le correcteur de MS Word. Depuis, j’ai investi dans un logiciel plus performant qui est Antidote et que je détaille dans le prochain paragraphe. J’ai tendance à omettre le passage du correcteur de MS Word pour appliquer directement celui d’Antidote qui est plus performant, même s’il faut rester vigilant, car il n’est pas infaillible non plus.

A ce stade, j’estime que la traduction est conforme au message de la source, que mes questions ont toutes obtenu une réponse et qu’elles sont intégrées à ma traduction. Je n’ai donc plus besoin de me référer au texte source et travaille uniquement sur le français.

 

4. Logiciels et application

a) Passage d’Antidote

J’utilise systématiquement Antidote sur tous mes contenus, qu’ils soient traduits ou rédigés. Qu’il s’agisse de localisation ou de traduction rédactionnelle.

Ce logiciel créé par Druide analyse l’orthographe, la grammaire, mais aussi la typographie et le style. C’est un outil précieux que je recommande à tous les linguistes et rédacteurs. Il n’est pas infaillible, mais il est plus efficace que le correcteur de Word, par exemple.

Il est possible de le paramétrer selon notre locale : français de France, du Québec ou de Suisse. En effet, les règles typographiques, entre autres, varient entre ces différentes locales. Il est donc important de bien préciser à Antidote dans quel français vous travaillez.

 

b ) Text to speech

Cette technique utilise la technologie de la synthèse vocale pour prononcer vos contenus écrits. Cet outil est très pratique pour entendre notre traduction. A l’oreille, d’autres éléments peuvent attirer notre attention et nous amener à corriger notre version.

Il est également utile pour améliorer la sonorité et la musicalité du rendu. Cet outil permet d’affiner les éléments cités au paragraphe précédent, puisque entendre le texte facilite le repérage des maladresses de style et de musicalité.

5 La révision unilingue

Cette étape consiste à relire uniquement le texte cible, à savoir le français en ce qui me concerne. En ayant suivi scrupuleusement les étapes précédentes, ce processus est réalisé une seule fois, car on obtient un texte quasiment finalisé. Si vous ne connaissez pas encore la différence entre relecture et révision, consultez mon article à ce sujet.

Je génère donc un document au format traitement de texte qui ne contiendra que cette langue cible et je ne consulte plus la source.

Il est préférable de laisser le projet de côté plusieurs heures voire une journée, ou au mieux plusieurs jours pour avoir le recul nécessaire. Plus on se détache de la source et mieux c’est.

Naturellement, en fonction du délai fixé par le client, cette distance avec le texte n’est pas toujours possible. A nous linguistes d’expliquer au client que l’idée est de fournir un texte final de la meilleure qualité possible. Chaque fois que j’ai eu à négocier un délai, j’ai toujours mis en avant cette distanciation d’avec notre travail pour le regarder avec un œil neuf.

Grâce à cet œil neuf, je le lis le texte en français comme pour la première fois. Je vais donc évaluer la fluidité des phrases, la cohérence globale du contenu, l’enchaînement entre les différentes phrases.

J’analyse également le rythme et la musicalité du contenu. Si le texte est rédactionnel et marketing, ces aspects sont cruciaux. Toute lourdeur, toute allitération malheureuse nuirait à la mission du contenu.

 

6 L’impression

Ce processus n’est pas écologique, puisqu’il implique de transférer sur papier nos travaux, qui peuvent parfois être longs.

Néanmoins, c’est le meilleur moyen de repérer les coquilles et autres fautes d’espace, mots manquants, syntaxe.

Le fait d’avoir un texte sur papier change totalement le regard par rapport à l’écran.

Même si je repère assez facilement des erreurs à l’écran, il m’arrive souvent d’en trouver du premier coup d’œil sur des livres, des imprimés.

Lorsque je travaille sur un projet de localisation, je n’imprime pas ma traduction, car celle-ci est truffée de balises html. La quantité de papier serait donc encore plus importante pour des phrases moins lisibles. De plus, les outils de localisation sont WYSIWYG What you see is what you get, vous voyez dans une fenêtre votre page Web s’afficher avec votre traduction.

Donc je peux voir immédiatement le rendu.

Pour la transcréation et le copywriting, l’impression est indispensable.

L’impression papier permet de repérer des coquilles et autres erreurs bêtes. Ces petites erreurs à côté desquelles on passe et repasse sans sourciller lors d’une relecture sur écran.

Vous avez une image de marque à préserver, un storytelling à diffuser. Il ne faut pas négliger pas cette étape de l’impression. Car si les textes sont courts, une erreur viendra gâcher le contenu et compromettre la réputation du client et celle du linguiste par la même occasion.

 

7 La relecture par un confrère

Il est possible également de se faire relire par un autre linguiste qui travaille dans les mêmes domaines de prédilection. L’avantage est de pouvoir obtenir un regard neuf sur la traduction, de la part d’une autre personne spécialisée.

L’inconvénient se trouve au niveau de la gestion administrative, contrairement à la relecture effectuée en interne par le client.

Dans ces cas-là, le budget prévoit aussi la rémunération de cette tierce personne. L’enveloppe de départ doit donc être plus importante. Chaque linguiste émet sa propre facture au client ou la prestation de traduction assignée au traducteur comprend ce budget de révision par un tiers. Il reviendra alors au traducteur de rémunérer son réviseur. Une solution pas adéquate si le traducteur exerce en microentreprise, puisqu’il ne pourra récupérer les frais de sous-traitance et paiera en conséquence les cotisations pour les 2.

Gage de sérieux

Le contrôle qualité est, comme nous l’avons vu, une étape indispensable du processus de traduction. Le linguiste chevronné n’en fera pas l’économie, par conscience professionnelle, souci du détail et souhait de satisfaire sa clientèle. Il ou elle choisit ses outils et les applique systématiquement dans le même ordre sur chacun des contenus qu’il traite.

Il pourra se faire relire par un confrère linguiste ou par le client lui-même, en fonction du budget alloué au projet, de son statut, et de ses habitudes de travail.

Le soin apporté à cette étape du projet se ressent sur la qualité du rendu, sa fluidité et sa clarté. C’est au travers de ce processus que se mesure une nouvelle fois le travail de finesse, de minutie et de création du traducteur.

De création, oui, j’insiste, car la traduction, comme le démontre à nouveau cet article, n’est pas une simple transposition de mot d’une langue à une autre. C’est une véritable démarche de création.

Vous recherchez un linguiste passionné et méticuleux ? Une traductrice qui applique un processus de contrôle qualité strict ? Contactez-moi.