Deepl Pro c’est épatant, voilà ce que j’ai pu entendre en flânant dans les allées du Food Hotel Tech du côté des startups. Food Hotel Tech est un salon B2B spécialisé dans les technologies pour l’hôtellerie et la restauration. L’un de mes clients était exposant, l’occasion de leur rendre visite et d’échanger avec d’autres acteurs du secteur. Revenons à DeepL pro : épatant vraiment ? En quoi est-ce épatant et pourquoi ? Certes les résultats sont meilleurs que la version gratuite, qui considère qu’un PMS est un syndrome prémenstruel, par exemple, ou qui tutoie et traduit le nom des marques. Si vous n’avez pas lu mon article, c’est ici.
Plus tard en échangeant avec le fondateur d’une de ces startups, j’apprends qu’il charge lui-même ses glossaires dans DeepL Pro. Utile, je le reconnais. C’est certain, on est loin de la version gratuite de DeepL et des erreurs qu’elle commet. J’entends les aspects pratiques qu’offre cette version de DeepL pour un acteur montant du secteur, et qui trouve trop onéreux de faire appel à un traducteur professionnel.
Mais je vais vous donner quelques raisons qui, je l’espère vous convaincront que ce n’est pas si épatant que ça. Et d’ailleurs, « c’est » n’est pas la formulation adéquate, puisque ce n’est pas seulement la machine qui permet de fournir ce résultat « épatant ». Il y a de l’humain derrière tout ça.
1. DeepL m’a proposé une collaboration
Si j’avance ces arguments, c’est que je sais de quoi je parle puisque j’ai été contactée par l’équipe éditoriale (oui « éditoriale ») de DeepL en 2024. Ils m’ont d’abord abordée sur Linkedin à propos d’un nouveau projet passionnant.
Piquée par la curiosité, j’ai demandé à en savoir plus et l’échange s’est poursuivi par e-mail. L’équipe recherchait un « esprit créatif qui sait bouger les lignes et aux idées originales.
Rien que ça. Flatteur à première vue de voir que mon profil avait attiré l’attention. Mais peut-être était-ce ma discrétion sur les réseaux sociaux qui les a laissé supposer que je n’avais pas de mission ? Mon réseau peu étendu, le fait d’avoir moins de 1000 abonnés ? Je me suis posée la question.
Mais revenons-en à leur formidable projet. Les tâches qu’ils me demandaient d’accomplir étaient les suivantes :
- Réécrire des textes en français de manière créative, dans plusieurs styles différents et en suivant plusieurs consignes qui pouvaient varier.
- Décrire et expliquer les principaux changements que j’appliquerais aux textes.
Toujours plus curieuse, j’ai demandé à qui s’adresseraient ces contenus, mais n’ai obtenu aucune réponse à ma question.
Ce projet durerait 10 à 20 h et serait rémunéré 45 € de l’heure, sous contrat d’indépendant. Donc, je devais assumer les charges Urssaf qui viendraient en déduction de ce tarif horaire, pas mirobolant pour mon expertise. Si le travail fourni était satisfaisant, le contrat serait reconduit. Tiens, tiens, ça fait penser à des CDD reconduits, mais sans prime de précarité. Un tarif imposé, une reconduction hypothétique soumise à la qualité fournie…mais, je croyais que mon profil de diplômée, mon expérience vous avaient poussés à me contacter ?!
Malheureusement, pour l’esprit créatif recherché, les tâches de réécritures demandées, et le fait de confier mon raisonnement à l’entreprise DeepL, ma propriété intellectuelle, Je trouvais que le tarif indiqué était loin d’être suffisant.
2. Épatante propriété intellectuelle
En effet, mes choix de réécriture, mon processus mental, mes idées, ma créativité font tous partie de ma propriété intellectuelle. Cette dernière vaut-elle 45 €/heure ? Ai-je envie de la mettre entre les manettes d’une société ? On me propose 20 h de travail éventuellement reconductibles, mais jusque quand ? Quand DeepL Pro jugerait avoir assez utilisé mon jus de cerveau pour se passer de moi ? Pour ensuite proposer les mêmes modalités à un confrère ou une consœur au profil tout aussi qualifié, tout aussi expérimenté ? Puis se vanter d’être le meilleur ?
Je sais que d’autres ont accepté cette offre, non par choix, mais par obligation, en raison de l’état de notre secteur. Je ne les blâme pas, chacun fait comme il peut. Et d’ailleurs, si ce type de solution progresse, c’est qu’il existe des professionnels consentants. Mais, mis à à part pour commettre un acte de sabotage, il était impossible pour moi d’accepter ces conditions, de contribuer à améliorer ce produit qui nous vole notre travail, nous met des bâtons dans les roues quand on prospecte. Alors, hors de question de me tirer une balle dans le pied.
Voilà, Deepl Pro fait appel à des traducteurs humains diplômés et expérimentés pour s’améliorer. Alors ne devrait-on pas plutôt dire ceci : « Les traducteurs qui sont derrière DeepL pro, qui l’améliorent en continu font un travail épatant. » ?
Est-ce vraiment la solution qu’il vous faut ?
Ce qui rassurera un hôtelier britannique ne rassurera pas forcément un hôtelier français.
Avec DeepL, Claude, ou autre outil de traduction automatique payant, on reste encore dans la logique une phrase transposée par une autre phrase, d’un mot pour un autre. Même en alimentant l’outil de vos glossaires de vos règles de style, l’outil n’est pas imprégné de votre niche, il reste dans un contexte global, il ne connaît pas votre cible ni ses spécificités culturelles. Et votre marque n’incarne pas son identité.
Pas d’ADN, à part la patte créative du traducteur qui a créé ces traductions, sans savoir de quelle marque il se fait porte-parole, à qui il s’adresse, ni dans quel but, sans connaissance aucune du parcours client.
Après le salon j’ai échangé avec une professionnelle du revenue management. L’entreprise dans laquelle elle exerce travaillait sur la refonte du site web. L’entreprise allemande opère aussi en France.
L’équipe a eu l’excellente initiative de repenser la version française de son site. Au lieu de dupliquer les pages d’une langue à une autre, elle s’est posée la question : qui est notre cible en France ? À qui on s’adresse vraiment ? S’adresse-t-on aux mêmes professionnels qu’en Allemagne ? Les problèmes des hôteliers français sont-ils identiques aux problèmes des hôteliers allemands ? Ont-ils les mêmes réflexes d’achat, quels sont les leviers qui les poussent à l’action ?
Et ça DeepL Pro en est incapable. Des humains, oui.
Véhiculer une certaine crédibilité à travers un discours travaillé, pensé pour votre cible française. L’humain sait si tel contenu est bien placé et au bon endroit dans le parcours de vente, qui doit tenir compte des spécificités culturelles de la France.
Un humain va dire : une tournure positive fonctionnerait mieux dans cet encadré. Ce CTA devrait plutôt être placé à tel endroit et semble trop agressif il faut le remanier, ou varier.
Conscience de sa consommation
Je ne consomme ni viande, ni volaille, ni charcuterie. Mais, au restaurant (restons dans le domaine qui nous intéresse), si vous commandez un filet de poulet, regardez-vous uniquement le prix du plat ou vous vous demandez d’où il vient, comment il a été préparé, dans quelles conditions a vécu le poulet, ce qu’il a mangé avant de vous être servi ?
Certes, la comparaison est osée, car les mots ne ressentent pas la douleur. Mais au même titre que vous souhaitez le meilleur pour votre estomac, votre hygiène alimentaire, votre santé…Ne recherchez-vous pas la solution idéale et sur mesure pour l’expansion de votre société en France ? Ne visez vous pas une croissance saine, stable et durable ? Avoir de l’autorité dans votre secteur d’activité, voire être considéré comme une référence ?
Comment voulez-vous alimenter le contenu de votre marque ? Une question qu’il est intéressant de se poser, tout comme celle de l’utilisation de l’IA. Tout traduire avec la machine et corriger derrière, n’est pas efficace. La solution hybride ? Pourquoi pas. Choisir l’humain pour la stratégie, le contenu qui sert à convertir reste la solution la plus pertinente. Vous souhaitez obtenir un avis, échanger sur votre contenu pour trouver la meilleure solution pour votre entreprise ? Prenons contact.
