La traduction automatique à la loupe

Dans un monde où la technologie est omniprésente, que ce soit pour nous relier les uns aux autres, être plus rentable et efficace au travail, ou nous divertir, le secteur de la traduction est aussi confronté à cette tendance. Les contenus sont de plus en plus nombreux et les besoins en traduction s’amplifient. La traduction automatique gagne de plus en plus de terrain et vient transformer le processus, tout comme le rôle de passeur que le traducteur était autrefois le seul à incarner. Dans ce billet, découvrez les différentes technologies utilisées dans le métier, leurs capacités croissantes, mais aussi leurs limites.

 

  1. Le logiciel d’aide à la traduction
  • avantages
  • inconvénients

2. La traduction automatique comment ça marche ?

  • Machine translation et post-édition

3.Se faire entendre de tous

4. Au cœur de la langue et des cultures

5. La traduction automatique pour ou contre

1. L’étape intermédiaire avant la traduction automatique

Le logiciel d’aide à la traduction, CAT tool en anglais, présente un texte à traduire sur une colonne et segmente le texte en plusieurs segments. En face, une colonne dédiée à la langue d’arrivée, segmentée de la même manière. Le traducteur rédige sa traduction dans les cases prévues à cet effet. Puis il génère un document bilingue ou unilingue. Pour l’aider, l’outil propose de constituer une mémoire de traduction et une ou plusieurs bases terminologiques. La mémoire enregistre les phrases dans la langue de départ et l’équivalent que le traducteur aura rédigé dans la langue d’arrivée. La base terminologique enregistre un terme et son équivalent.
Ce processus est rendu possible grâce au traitement automatique du langage, dont je donne ici une définition.

 

Avantages du logiciel d’aide à la traduction

Les avantages sont nombreux, surtout pour les documents techniques. Le fait de pouvoir créer et alimenter une base dédiée au vocabulaire permet de recenser l’ensemble de la terminologie client et de veiller à l’harmonisation de tous les contenus traités par le biais de cet outil.

Il en va de même pour la phraséologie spécifique à un domaine précis, par exemple, les textes juridiques, ou les guides d’utilisateur. Ce type de contenu contient des tournures de phrases particulières, et implique une manière bien précise de rédiger. Cette phraséologie sera constante dans l’ensemble des documents puisque restituée à chaque fois grâce à la mémoire de traduction, qui contrairement à la base terminologique, enregistre les phrases en entier.

De plus, l’outil conserve et restitue la mise en page d’un fichier. La présentation d’un long manuel d’utilisation, avec une longue table des matières, sera restituée dans la langue d’arrivée… Fonctionnalité très pratique et qui permet de gagner un temps précieux. Il en va de même lors de la mise à jour d’un fichier. Si vous avez fait appel au même linguiste pour traduire la première version, il suffira de traduire le nouveau paragraphe ou chapitre. Le traducteur pourra aisément vous livrer l’intégralité du document mis à jour, et pas seulement la partie nouvelle ou modifiée.

 

 

Les inconvénients

Cet outil segmente le texte en différentes parties. Même si cette segmentation est modifiable, elle délie visuellement les paragraphes et empêche, à mon avis, une forme de complétude. Le rendu dans la langue d’arrivée risque d’être fractionné. Une phase de relecture approfondie du texte uniquement dans la langue d’arrivée est, je pense, indispensable pour y apporter les touches finales, mots de liaison, outre la phase d’assurance qualité typiquement effectuée après chaque traduction.

 

 

2.La traduction automatique, comment ça marche ?

La traduction automatique est rendue possible grâce au traitement automatique du langage dont j’ai parlé plus haut et à l’Intelligence Artificielle.

Lors de mon expérience de linguiste au sein de l’entreprise Orange labs, j’ai eu la chance de découvrir la façon dont une IA est entraînée, en participant à la phase d’annotation de corpus pour un assistant vocal. Certains d’entre vous ont peut-être fait l’acquisition de l’un de ces robots qui vous passent les morceaux de musique de votre choix, composent un numéro de téléphone et vous racontent des blagues sur simple demande orale de votre part.

Dans le cadre de la traduction, le principe est un peu le même. L’IA a été entraînée à reconnaître les mots et les phrases dans une langue et à proposer un ou plusieurs équivalents dans une autre langue. Plus celle-ci est alimentée, plus elle est performante.

 

 

Machine translation et post-édition

 

La traduction automatique a fait des progrès spectaculaires, on lui prête même les facultés du cerveau humain en l’appelant « traduction neuronale ». Les neurones désignent ici les mots et groupes de mots que cette technologie apprend et retient. C’est sans dire que cette « neurogenèse » repose en partie sur le travail des traducteurs humains désormais appelés « organiques » pour se renforcer et même accélérer. En effet, cette technologie a donné naissance à un nouveau métier, celui de post-éditeur. Il existe désormais des formations pour apprendre aux traducteurs à lier les mots que l’outil reconnaît et retranscrit, à corriger et à améliorer le texte en fonction de la qualité des sources en mémoire. Donc plus l’industrie compte de post-éditeurs, plus les logiciels de traduction automatique progressent, alimentés par le travail humain.

 

3.Se faire entendre de tous

Les entreprises communiquent de plus en plus. Chatbox volubiles, FAQ, blogs, lettres d’information, livres blancs, communiqués de presse, livres numériques, être lu et entendu du plus grand nombre est le crédo d’aujourd’hui. Et avec les réseaux sociaux, le dialogue vit une révolution. Mais la traduction automatique ne se prête pas à tous les types de contenus. Utile dans la documentation technique, elle ne pourra se passer d’un humain dans le domaine de la médecine, pour ne citer qu’un exemple, pour le moins édifiant. L’humain reste incontestablement indispensable, puisque l’outil restitue un mot, une phrase qu’il reconnaît sans réflexion aucune. L’intention, les enjeux, la cible, ce n’est pas son affaire.

Et en ce qui concerne les contenus plus rédactionnels. L’IA suggèrera une tournure de phrase déjà employée, un vocabulaire déjà utilisé peut-être même dans la phrase précédente, limitant alors le champ lexical, la variété des modes d’expression, altérant le style général du contenu. Les éléments indispensables à la qualité d’un contenu rédactionnel seront absents. Répétitions maladroites, manque de variété laissant suggérer la pauvreté du vocabulaire de l’auteur ou du traducteur, et le risque, à terme, d’impacter l’image de marque de l’entreprise qui communique.

 

4.Au cœur des langues et des cultures

 

Qu’en est-il du contexte ? Un traducteur ne donne pas l’équivalent d’un mot dans une autre langue sans se questionner sur le contexte. Seul l’humain est en mesure de le prendre en compte. Et le contexte est l’élément fondamental dans une traduction.

 

Par ailleurs, traduire c’est interpréter… et prendre des décisions. Choisir de donner du poids à un mot, d’apporter des nuances, de transmettre une intention, voire une émotion, toucher et convaincre dans les contenus marketing et publicitaires. Dans ces domaines, la créativité donne le ton.

Une technologie est-elle capable de créativité ?

Un programme informatique est-il suffisamment intelligent pour choisir la meilleure tonalité  ? Est-il doté des compétences pour adapter son discours en fonction de la personne à qui il s’adresse ?

 

Seul l’humain, le traducteur, constamment baigné dans la culture de la langue d’arrivée, expert des subtilités d’une langue, de ses variations de tonalité, est en mesure de trouver l’équivalent le plus adéquat. Il tiendra compte des enjeux du récit, de sa finalité, et du lien éventuellement déjà établi avec le lecteur.

 

5.La traduction automatique pour ou contre

 

Identifier vos intentions et l’objectif de votre internationalisation. Certains documents, les plus techniques, pourront être traités à l’aide d’au moins un logiciel d’aide à la traduction. Celui-ci facilitera le travail du traducteur, tant sur le fond (choix terminologiques) que sur la forme (la mise en page). La traduction automatique pourra éventuellement être utile en cas d’internationalisation vers plusieurs pays, impliquant alors plusieurs langues et un catalogue étoffé de contenus simples et purement informatifs (fiches produits par exemple).

En revanche, c’est bien la traduction créative ou transcréation qu’il est essentiel de privilégier dans une démarche d’internationalisation d’une image de marque, dans une intention marketing et publicitaire. Tout contenu qui nécessite une adaptation à une autre culture, mobilise des connaissances linguistiques et culturelles, exige une analyse du public ciblé, se passera donc de technologie automatisée, qui risquerait de desservir le discours et son auteur.